La fin de la PCRE ne vous ramènera pas des employés serviles

Alain Samson Alain Samson leadership Marché du travail mobilisation des troupes

C’est fou ce qui se passe chez les employeurs ces temps-ci. Sur Fox, on a comparé les employés à des chiens qui ne donnent un bon rendement que s’ils sont affamés par leurs « bons maîtres ». Dans le même ordre d’idée, le Conseil du Patronat du Québec demandait ce matin la fin de la PCRE en disant que  ça obligerait des gens à retourner au travail.

Ce que les employeurs doivent réaliser, c’est que la fin de la PCRE ne leur ramènera pas des employés serviles. Au mieux, quand on oblige les gens à rentrer au travail pour payer les comptes, on se retrouve avec des employés passifs agressifs qui sont sur place pour faire du temps. Leur niveau d’engagement est minimal et leur productivité fait de même. On ne peut pas accomplir des miracles avec des esclaves.

J’aimerais offrir aux employeurs un extrait de mon livre Mobilisez votre tribu :

Offrez-vous présentement un salaire qui permet à votre personnel de vivre décemment compte tenu du coût de la vie dans votre communauté ? Vous seriez surpris du nombre d’endroits où ce n’est pas le cas.

 

Par exemple, je lisais récemment que les États-Unis n’ont pas augmenté le salaire minimum fédéral depuis plus d’une décennie. Si le salaire minimum d’aujourd’hui était proportionnel aux augmentations de productivité au cours des 50 dernières années, il serait de 22 $ l’heure au lieu de l’actuel 7,25 $, ce qui est une somme dérisoire. Le pouvoir d’achat des travailleurs américains stagne depuis 40 ans, et même s’ils sont plus productifs que jamais, leur rémunération a à peine bougé depuis les années 1970. Et que dire du salaire minimum pour les travailleurs à pourboire, qui est de 2,13 $ l’heure, un chiffre qui n’a pas augmenté depuis 30 ans?

Pourtant, nombre d’employeurs américains demandent aux États de réduire les prestations de chômage pour obliger les employés à accepter les emplois qu’ils offrent. Si on leur réplique que les salaires qu’ils versent sont des salaires de misère, ils disent respecter les normes. Comment voulez-vous vous épanouir dans des conditions qui font que, mois après mois, vous vous enfoncez davantage dans l’endettement et qu’une seule crevaison de pneu puisse remettre en question votre sentiment de bien-être ?

Qu’en est-il dans votre entreprise ou organisation ? Combien en coûte-t-il à vos employés pour travailler chez vous sans qu’ils aient à faire 2 heures de navette soir et matin pour pouvoir s’offrir un loyer moins cher ? Pour le plaisir, mettez sur pied un comité qui dressera un état des revenus et des dépenses de votre employé moyen.

  • Combien lui reste-t-il après impôts et cotisations ?
  • Combien lui en coûte-t-il pour payer son loyer, Internet, son téléphone et son épicerie ?
  • Se rend-il au travail en automobile ou prend-il les transports en commun ? Ça lui coûte combien ?
  • Combien lui reste-t-il en fin de mois ?
  • Aimeriez-vous être dans sa situation ?

Il vaut la peine de faire cet exercice, surtout si vous avez un certain âge et que vous n’avez pas suivi le coût des biens et services au cours des dernières décennies. Ignorer le coût de la vie peut vous jouer de mauvais tours. Rappelez-vous ce chef de parti québécois qui, en pleine campagne électorale, a avancé qu’il suffisait de 75 $ par semaine pour nourrir une famille de quatre. Cette affirmation lui a coûté les élections.

La santé financière, dans un premier temps, c’est avoir le sentiment qu’on ne s’enfonce pas continuellement dans un gouffre financier. C’est ne plus avoir à penser à cette éventualité. C’est gagner suffisamment pour faire face à ses obligations et pouvoir profiter un peu de la vie.

L’offrez-vous, cette santé financière minimale ? Si ce n’est pas le cas et que vous pensez que votre entreprise n’a pas les moyens de le faire, c’est que votre modèle d’affaires doit être revu. Parce que, dans ces conditions, vous n’aurez bientôt plus personne à gérer. 

Il y a bien d’autres facteurs que le revenu. Il y a la qualité du leadership et l’ensemble de l’expérience employé. Mais contentez-vous, pour aujourd’hui, de faire l’exercice que je viens de vous présenter.

 



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